Tirer son lait à la main


Manuela

tirer son lait à la main
Rembrandt, ‘Femme allaitant un enfant’.

Etude du cas clinique

Cette mère, Manuela, démarre un allaitement qui se passe très bien.
Elle commence la diversification alimentaire de son bébé à 5 mois et demi et reprend le travail. Elle tire deux fois par jour au travail et poursuit les tétées à la demande avec son bébé.
Lorsque sa fille a 7 mois, elle arrête de tirer son lait au travail et sa fille prend alors une préparation pour nourrisson lorsque sa mère est absente. Elle est uniquement au sein lorsque sa mère ne travaille pas.

Dans le cadre de son travail, Manuela doit se déplacer dans des pays en développement et souhaite poursuivre son allaitement malgré tout. Ses déplacements durent en général une semaine. Ce qu’elle craint par-dessus tout, c’est d’avoir trop de lait et de surstimuler sa lactation si elle utilise un tire-lait pendant une semaine. En effet, elle a toujours eu beaucoup de lait et a fait beaucoup d’épisodes d’engorgements et de mastites lors de ses trois premiers mois d’allaitement.

Elle fait donc un essai de ne pas donner le sein et d’uniquement tirer son lait pendant trois jours d’affilée. Elle ne fait pas d’engorgement mais le tire-lait relance sa lactation, elle doit tirer 700 ml par jour pour rester à peu près confortable et au bout des trois jours ses seins sont douloureux. Son sein gauche produit deux fois plus de lait que le sein droit et elle a du mal à le vider à la main.
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Mon intervention

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Elle doit partir pendant une semaine lorsque sa fille aura 8 mois et demi et redoute de ne pas pouvoir tenir une semaine sans faire une mastite qu’elle ne pourra pas faire traiter correctement car elle sera dans un pays pauvre, en zone rurale et loin de toute zone de soins possibles. Par ailleurs, elle sera régulièrement dans des zones où elle ne pourra pas brancher un tire-lait.

Elle veut donc être sûre de ne pas produire trop de lait et de pouvoir drainer correctement un sein s’il commence à s’engorger. Or, elle n’est pas à l’aise avec son tire-lait qui n’est pas confortable pour elle (alors que c’est un tire-lait réputé pour son efficacité) et a toujours la sensation de ne pas bien drainer ses seins au tire-lait et que tant que sa fille ne tète pas, ils restent inconfortables.

Je lui propose donc d’apprendre à bien drainer ses seins à la main pour pouvoir être libre de le faire même si elle ne peut pas brancher un tire-lait. D’autre part, ses seins seront mieux drainés sans la surstimulation due au tire-lait.

Une fois la technique de l’expression manuelle montrée et testée, Manuela se rend compte qu’elle est en fait très efficace à la main et cela la rassure.

Je lui propose de faire 3 vrais drainages des seins par 24h lors de sa semaine d’absence et de se contenter de soulager les seins s’ils commencent à être trop tendus entre ces 3 drainages. Le but est de drainer les seins sans surstimuler.

Je lui propose également d’emporter avec elle de l’ibuprofène en cas de début de mastite et de la sauge officinale pour pouvoir se faire des infusions lui permettant de faire diminuer la lactation en cas de besoin. Elle sait également qu’elle peut me joindre en cas de souci.
Cette mère étant très sensible au stress qui bloque très vite son réflexe d’éjection du lait, elle sait que plus elle sera détendue, mieux cela se passera.
Enfin je lui propose de tester un autre tire-lait que je lui prête le temps du voyage.

Manuela me recontacte à son arrivée, après 24h de voyage essentiellement en avion.
Elle a tiré son lait à la main pendant tout le trajet et a du tirer un peu plus souvent que prévu mais cela s’est bien passé.
Elle décide de prendre une infusion de sauge dès son arrivée pour réguler la quantité de lait.
Elle se rend compte à l’usage que le tire-lait prêté lui convient beaucoup mieux que le sien et est finalement très contente de l’avoir emporté.
Le séjour se passe bien : elle réussit à drainer ses seins correctement et l’expression manuelle se révèle très efficace pour éviter le tire-lait trop fréquent.
Elle rentre en France sans avoir eu le moindre souci de mastite et a choisi de ne pas hésiter à prendre de l’ibuprofène quand elle a soupçonné un début d’inflammation.

Pour cette mère l’expression manuelle du lait s’est révélée une méthode efficace et une bonne alternative au tire-lait.

Béatrice


Debat-Ponsan Detail from « Before the Ball »
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Etude du cas clinique

Cette mère, Béatrice, accouche trois semaines avant terme d’une petite fille de 3900 g, son 2e enfant.
Elle a allaité son aîné 2 ans et connait donc bien l’allaitement.

Elle démarre donc son allaitement confiante mais elle présente très vite des crevasses qu’elle n’arrive pas à faire passer. La douleur empire au fil des jours et son entourage lui demande d’arrêter l’allaitement, ce qu’elle refuse de faire car allaiter son bébé est très important pour elle.
De plus sa fille prend bien du poids, elle ne veut donc pas perdre ce bienfait pour son bébé.

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Mon intervention

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Elle me contacte lorsque son bébé a 3 semaines car les crevasses ne passent pas et la douleur devient intolérable. Elle ne peut plus mettre son bébé au sein gauche.

J’observe l’état de ses seins et je vois tout de suite l’urgence de la situation : les crevasses sont très profondes, purulentes et le mamelon gauche est en train de se détacher car la crevasse est très profonde et fait le tour de la base du mamelon. Il y a urgence !

Béatrice tient tellement à son allaitement qu’elle a attendu le dernier moment pour demander de l’aide.

J’observe ensuite son bébé qui présente une toute petite ouverture de bouche, la tension dans la mâchoire est telle que l’ouverture de bouche permet à peine au mamelon d’entrer dans la bouche… Par ailleurs, elle présente un frein de langue postérieur très court, laisse sa langue en arrière en permanence et présente un réflexe nauséeux hyperactif.
Les conditions sont donc réunies pour une prise du sein catastrophique et la formation de crevasses.

Nous tentons une mise au sein sur le sein droit : lorsque le bébé attrape le mamelon, la douleur est telle que des larmes jaillissent immédiatement des yeux de Béatrice qui ne peut retenir un hurlement.
Je propose de poser le bébé sur le ventre de Béatrice inclinée en arrière et la prise est un peu moins douloureuse mais il est inenvisageable de proposer le sein gauche au bébé.

Je propose à Béatrice de commencer par montrer son bébé à un ostéopathe pour débloquer la mâchoire puis à un ORL pour envisager la section du frein de langue.
Par ailleurs, je fais un courrier pour son médecin pour traiter l’infection des crevasses.
Enfin, je lui explique qu’il faut drainer les seins car la mauvaise succion du bébé ne lui permet pas de le faire.

La mère m’explique qu’elle a testé un tire-lait manuel et que la douleur a été atroce.
Je lui propose d’essayer un tire-lait électrique très doux, réglé au plus faible. Mais même cela se révèle intolérable.
Je propose donc à Béatrice de lui montrer l’expression manuelle du lait pour pouvoir drainer ses seins sans jamais exercer de pression ou de traction sur le mamelon.
Elle comprend très vite le geste et est très étonnée de constater que c’est très efficace sans lui déclencher aucune douleur.

Je lui propose donc d’essayer de mettre son bébé uniquement au sein droit lorsque c’est tolérable et en BN et de drainer ses deux seins manuellement après les tétées jusqu’à ce que les soucis de son bébé soient résolus.

Le médecin consulté prescrit du Mupiderm pour les mamelons, qui se révèle très efficace.
La mère draine ses seins manuellement et les crevasses commencent à guérir. Elles mettent 3 semaines à se guérir complètement.
Malgré des séances d’ostéopathe, la mâchoire de son bébé ne se détend pas et Béatrice abandonne l’idée de mettre son bébé au sein.
Elle continue donc à tirer son lait à la main et à lui proposer au biberon.
Elle tirer 850 ml par jour, à la main, en 5 séances de tirage. Une expression manuelle très efficace !

Bibliographie
  • http://med.stanford.edu/newborns/professional-education/breastfeeding/hand-expressing-milk.html
  • Mannel, Martens, Walker, Core curriculum for lactation consultant practice, Jones ans Bartlett learning, 2013.

Dernière mise à  jour : 26 juin 2019