Quand on fait le choix de ne pas remonter sa lactation


Léonie


Madonna Col Bambino – Carlo Cignani

Etude du cas clinique

Cette mère de 39 ans accouche deux semaines avant terme et par césarienne d’une petite fille de 2900 g, Léonie.
Les mises au sein sont très compliquées dès la première tétée et des crevasses se forment dès le lendemain de la naissance.
La maternité propose des bouts de sein en silicone et dit à la mère que la bouche de Léonie est trop petite.
Comme Léonie a perdu 10% de son poids de naissance à J2, on demande à la mère de donner des compléments de préparation pour nourrisson à la seringue à Léonie en plus des tétées. Comme le poids ne remonte pas, Léonie n’est plus nourrie qu’au biberon de préparation pour nourrisson dès J3.
De retour à la maison, la mère loue un tire-lait électrique pour que Léonie soit au moins nourrie avec du lait maternel. Elle ne donne alors que des biberons de lait maternel sans mettre Léonie au sein.
A J7, Léonie est hospitalisée pour ictère pendant 6 jours. La mère a alors du mal à suivre le rythme des tirages de lait et de la préparation pour nourrisson est à nouveau donnée à Léonie.
Lorsque Léonie rentre à la maison, sa mère essaie de la remettre au sein mais la douleur est trop forte. La mère appelle alors une sage-femme pour l’aider à remettre en route l’allaitement.
La sage-femme diagnostique un frein de langue court et adresse Léonie à l’ORL du Centre allaitement.
Le frein de langue est sectionné lorsque Léonie a 3 semaines et 4 jours.

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Mon intervention
La mère prend RDV avec moi deux jours plus tard pour relancer son allaitement.
A ce moment là elle tire 4 fois 30 ml par 24 h.
Léonie boit 7 biberons de 90 ml par 24h.
Elle prend une tétine entre les repas.J’observe la bouche de Léonie et sa succion : la plaie laissée par la freinotomie est parfaite.
Après avoir pris une tétine, sa succion est incohérente. Au bout de quelques minutes, sa succion au doigt redevient normale mais elle serre tellement fort la mâchoire qu’elle se mord la langue en tétant et recule donc la langue.
Nous essayons une tétée au sein. La mère installe Léonie en madone et la prise du sein est impossible. Je propose à la mère de s’incliner vers l’arrière et de poser Léonie sur elle, en BN. Léonie réussit alors à prendre le sein si sa mère exerce une pression sur son sein, le prend en sandwich.
Léonie déglutit très peu au sein mais semble satisfaite d’y rester.La mère voulant absolument relancer son allaitement, je lui propose de supprimer tout biberon et toute tétine et de proposer les complément à la seringue au doigt. Je ne lui propose pas encore d’utiliser un DAL au sein car Léonie a déjà beaucoup de mal à prendre le sein.
Je propose à la mère de s’installer en BN pour les tétées, sans jamais forcer Léonie à prendre le sein.
Je lui propose également de voir un ostéopathe pour aider Léonie à desserrer sa mâchoire.
Comme Léonie n’est pas très efficace au sein, je propose à la mère de tirer son lait après les tétées, au moins 8 fois par 24h, en utilisant la méthode du tirage combiné de Jane Morton.
Je lui propose enfin de prendre du fenugrec et du moringa pour relancer sa lactation, après avoir pris l’avis de son médecin.
La mère est motivée pour mettre tout cela en place.

La mère me recontacte 6 jours plus tard. La situation a peu évolué.
Léonie accepte désormais de prendre le sein en BN mais s’y endort très vite et a toujours besoin de beaucoup de compléments.
La mère avait pris un RDV d’ostéopathe mais l’a décalé car elle n’arrive pas à sortir de chez elle. Elle est très fatiguée et n’arrive pas à tirer son lait plus de 4 fois par 24h. Elle tire désormais 20 ml à chaque tirage.

Elle décide alors de ne plus tirer son lait et d’accepter le risque que sa lactation ne soit jamais suffisante. Elle garde les tétées qui sont un moment agréable avec Léonie.
Elle fait le choix de passer de bons moments avec sa fille et de se reposer au maximum et de donner une préparation pour nourrisson.

Paul


Gino Severini

Etude du cas clinique

Cette mère accouche 2 semaines avant terme d’un petit garçon de 3300 g, Paul.
Elle a déjà un fils âgé de 16 mois et l’allaitement s’est mal passé à cause de mamelons ombiliqués. Là elle veut absolument réussir son allaitement.
Au vu de ses mamelons, la maternité lui dit d’emblée de mettre des bouts de sein en silicone. Quelques biberons sont donnés en maternité car Paul perd 11% de son poids de naissance.

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Mon intervention
La mère présente des mamelons très larges, ombiliqués et crevassés. Ses seins sont très volumineux.
Paul est incapable de prendre le sein sans les bouts de sein en silicone.Je propose avant tout à la mère de montrer Paul à un ostéopathe pour son torticolis et à un ORL pour son frein de langue.
Je lui demande également de donner des compléments, si possible de lait tiré, à Paul car il est vraiment somnolent et très peu efficace au sein.
Je lui propose donc de tirer son lait après les tétées.
Enfin, je lui propose de faire des pansements au lait maternel pour faire cicatriser ses mamelons.
La mère hésite à faire couper le frein de langue mais ce frein est finalement sectionné lorsque Paul a deux semaines.
A ce moment là, la mère tire son lait 4 fois par 24h pour un total de 250 ml.
Les pansements au lait maternel ont très bien fonctionné et les mamelons sont guéris. Ils ressortent très bien au tire-lait.
J’explique à la mère qu’à ce rythme là, sa lactation risque de rester insuffisante et qu’il faudrait tirer plus souvent.La mère revient me voir quand Paul a 4 semaines.
Il tète mieux mais elle craint que le frein ne se soit recollé. Elle n’arrive pas à enlever les bouts de sein en silicone.
Paul a vu un ostéopathe et tourne beaucoup mieux la tête.
Il prend bien du poids car il prend un biberon a de 90 ml après chaque tétée, soit 7 fois par 24 h.
La mère tire son lait 3 fois par 24 h pour un total de 200 ml.
Elle aimerait pouvoir enlever les biberons.

J’observe Paul : la cicatrisation de la freinotomie est parfaite et la succion également mais il n’ouvre toujours pas grand la bouche.
En BN il réussit à prendre le sein sans les bouts de sein en silicone. Je propose à la mère de ne plus donner de biberon et de donner les compléments qui restent nécessaires au DAL au sein pour stimuler les seins au maximum.
La mère m’explique alors qu’elle ne souhaite plus tirer son lait car elle ne s’en sort pas avec un bébé et un bambin à la maison.
Elle décide donc d’utiliser le DAL, quitte à donner de la préparation pour nourrisson.

Pour ces deux mères, l’investissement demandé pour remonter une lactation au tire-lait est trop grand pour leur vie quotidienne et elles préfèrent mettre la priorité sur d’autres points importants : gérer sa fatigue et s’occuper d’un enfant plus grand.

Bibliographie

Pour des notions sur le frein de langue en général :

  • Marsha Walker, Breastfeeding Management for the clinician, Jones and Bartlett Publishers, 2017.
  • R A Lawrence, Breastfeeding :  a guide for the medical profession, Elsevier. 2016.

Dernière mise à  jour : 26 juin 2019