Place de l’allaitement au sein d’un couple homosexuel


Sophie


Virgen de la Leche

Etude du cas clinique

Cette mère, Agnès, vient me voir lors de sa grossesse pour une consultation de préparation à l’allaitement. Elle a été opérée d’une chirurgie de réduction mammaire13 ans plus tôt et se pose des questions sur la possibilité d’allaiter son premier enfant.

L’incision est en forme d’encre marine et fait le tour complet de l’aréole. L’aréole a été déplacée lors de l’opération mais la mère a récupéré des sensations au niveau des mamelons depuis quelques années. Les seins ont pris du volume au cours de la grossesse.

J’explique donc à Agnès qu’il est impossible de prévoir ce que va donner l’allaitement mais que l’on peut essayer de mettre toutes les chances de son côté en démarrant l’allaitement avec de nombreuses tétées efficaces, une bonne prise du sein et l’usage d’un DAL au sein si jamais les compléments s’avèrent nécessaires.

L’accouchement par voie basse se passe bien, une semaine avant terme.
Le bébé, Sophie, pèse 3080 g. Elle tète efficacement et au minimum toutes les 3 h mais souvent plus fréquemment. Malgré cela, elle a perdu 10 % de son poids de naissance à J4.
Des compléments sont alors proposés au DAL.

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Mon intervention

Je me déplace au domicile d’Agnès à J8 et elle me présente sa conjointe, Dorothée. Celle-ci trouve très important que leur fille soit allaitée et pousse sa compagne à limiter les compléments et mettre beaucoup Sophie au sein.

J’observe Sophie qui tète parfaitement bien et ne présente aucune particularité pouvant gêner l’efficacité au sein.
Elle a repris 100g en 4 jours avec les compléments mais elle émet très peu de selles et la dernière datant du matin même était noire et collante.
Émettre du méconium à J8 n’est pas du tout normal. J’insiste donc auprès des mères sur l’importance que Sophie mange suffisamment.

J’observe Sophie téter : la prise du sein est parfaite mais les déglutitions peu fréquentes. Nous ajoutons le DAL avec 30 ml de préparation pour nourrisson : elle est parfaitement efficace et repue après sa tétée.
Je propose donc aux mères d’ajouter 30 ml de préparation pour nourrisson au DAL à chaque tétée.

Mais Dorothée est très embêtée que leur bébé reçoive de la préparation pour nourrisson. Elle me demande s’il serait possible qu’elle produise elle-même également du lait pour que leur fille ne reçoive que du lait maternel.

Je lui explique qu’il est tout à fait possible d’induire une lactation mais qu’elle n’aura pas immédiatement suffisamment de lait pour répondre aux besoins de Sophie et qu’il sera donc nécessaire de commencer par donner un peu de préparation pour nourrisson en attendant que les deux mères produisent suffisamment de lait pour nourrir complètement Sophie.

J’explique donc comment stimuler la lactation en mettant Sophie au sein de Dorothée une fois qu’elle a finit sa tétée avec Agnès. Je propose également à Dorothée de stimuler sa lactation au tire-lait en plus des mises au sein. Dorothée ne souhaite pas mettre Sophie au sein et préfère stimuler uniquement au tire-lait.

Une semaine plus tard, Sophie a parfaitement repris du poids, elle a pris 35 g par jour en tétant à volonté et en prenant 30 ml au DAL 8 fois par 24h en plus des tétées avec Agnès.
Dorothée de son côté a décidé de stimuler au tire-lait toutes les 3 h et commence à produire quelques gouttes de lait qui sont précieusement données à Sophie.

Lorsque Sophie a un mois, elle est toujours au sein à volonté et prend 350 ml au DAL en plus des tétées. Sur ces 350 ml, Dorothée produit 250 ml et Sophie prend encore 100 ml de préparation pour nourrisson.

Lorsque Sophie a 7 semaines, prend toujours 350 ml au DAL en plus des tétées, mais ces 350 ml sont entièrement produits par Dorothée.
Les deux mères nourrissent donc Sophie à parts égales mais seule Agnès met Sophie au sein et Dorothée tire son lait 4 fois par jour. Cette façon de faire leur convient à toutes.

Lorsque Sophie a un an, Dorothée arrête de tirer son lait.
L’allaitement de Sophie se poursuit jusqu’à ses 2 ans.

Léandre


Vierge avec enfant allaité (fin du XVe siècle, Metropolitan Museum, New York)

Etude du cas clinique

Cette mère, Caroline, accouche trois semaines avant terme d’un petit garçon de 3700 g, Léandre.
L’allaitement démarre difficilement car Léandre a du mal à bien attraper le sein. Il glisse et met parfois une demi-heure pour réussir à s’accrocher au sein.
Des crevasses apparaissent rapidement.

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Mon intervention
Je vois ce bébé en consultation lorsqu’il a 2 semaines.
Caroline me présente sa femme, Andréa et m’explique qu’elles tiennent beaucoup à l’allaitement. Elles ont déjà une fille de 3 ans, portée et allaitée par Andréa. Cet allaitement s’est très bien passé et a duré un an.J’observe Léandre qui présente un frein de langue très avancé et très court, qui explique clairement sa difficulté à prendre le sein.
J’observe une tétée : Léandre a beaucoup de mal à attraper le sein et je propose donc à Caroline de s’incliner vers l’arrière et de poser Léandre à plat ventre sur elle pour l’aider à avancer la langue au mieux. Ainsi il réussit plus vite à attraper le sein mais fait très mal à sa mère.
Comme Caroline a beaucoup de lait qui coule rapidement, Léandre réussit à manger sans problème mais la tétée est très douloureuse pour Caroline.

Par ailleurs, l’allaitement de leur fille s’étant très bien passé et ayant duré un an, elle tient beaucoup à réussir elle aussi l’allaitement de Léandre, alors même qu’Andréa se trouve démunie pour l’aider, n’ayant jamais rencontré cette difficulté.

Le frein de langue de Léandre est sectionné au Centre allaitement deux jours plus tard et au bout de quelques jours, Léandre tète beaucoup mieux et les crevasses cicatrisent.

L’allaitement se poursuit sans autre problème qu’une lactation un peu trop importante que la mère décide de réguler à l’aide d’infusions de sauge officinale.

Elle est heureuse de pouvoir enfin allaiter Léandre sans problème.

Bibliographie
  • Erica Wilson, The Intricacies of Induced Lactation for Same-Sex Mothers of an Adopted Child, JHL, 2014.
    Traduit dans les dossiers de l’allaitement n° 104, juillet 2015, page 9.
  • Lise DAUVIGNAC, La lactation induite chez les mères sociales des couples homoparentaux féminins, Mémoire présenté et soutenu le 17 Juillet 2017, diplôme d’état de sage-femme, 2017.
    https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01690037/document

Dernière mise à  jour : 26 juin 2019