Infection des mamelons


Amédée

Etude du cas clinique

Cette mère accouche une semaine avant terme avec ventouse d’un petit garçon de 3000 g, Amédée. Celui-ci présente tout son côté droit très hypotonique, sa lèvre pend du côté droit.
Dès la maternité, de grosses crevasses se forment sur les mamelons et la mère souffre beaucoup.
Amédée voit un chiropracteur puis un ostéopathe et son hypotonie s’améliore considérablement.
La mère souffre de douleurs dans les mamelons en coup de poignard et de piqûres à type d’aiguilles.
A deux semaines, on lui diagnostique une mycose des mamelons et on lui prescrit du Daktarin gel buccal à mettre sur les mamelons ainsi que du violet de gentiane. Cela améliore un peu la situation mais ne règle pas le problème des douleurs. La mère met le Daktarin pendant 3 semaines.
Elle fait appel à moi lorsque son bébé a 5 semaines car les douleurs sont toujours présentes et fortes.

Mon intervention

J’observe les seins de la mère et je constate la présence de crevasses très étendue et ouvertes à tel point que le mamelon gauche se détache du sein. Les plaies ne sont pas propres et suintent jaune.

J’observe la bouche d’Amédée ainsi que sa succion. Je me rends compte qu’il ne sait pas téter : sa langue reste collée au plancher de la bouche et il mâchouille le doigt ou le sein au lieu de téter, avec une succion incohérente par moment. Il présente un frein de langue postérieur court et peu élastique.

La tétée est très douloureuse pour la mère et insupportable sur le sein gauche. Nous tentons donc l’utilisation d’un DAL au doigt pour remplacer la tétée sur le sein gauche mais Amédée ne réussit pas à manger correctement au DAL au doigt car sa succion est trop mauvaise.

Je propose à la mère de voir son médecin pour envisager un traitement antibiotique sur les crevasses qui me semblent surinfectées. Je lui propose également d’arrêter les mises au sein sur le sein gauche et de tirer son lait à la place car le mamelon est beaucoup trop abîmé.
Je lui propose d’installer Amédée au sein en s’inclinant vers l’arrière et en le posant à plat ventre sur elle pour optimiser sa prise du sein et son mouvement de langue, et de donner le lait tiré au sein gauche grâce au DAL au doigt s’il y arrive.
Je lui propose un rendez-vous avec l’ORL du Centre allaitement pour le frein de langue d’Amédée puis de voir son ostéopathe pour vérifier que le nerf grand hypoglosse ne soit pas coincé.

Le frein de langue est sectionné deux jours plus tard et son médecin lui a prescrit du Mupiderm pour les mamelons ainsi qu’un prélèvement en laboratoire.
Une semaine plus tard, les crevasses commencent à aller mieux, surtout sur le sein gauche sur lequel Amédée ne tète pas. Les tétées se passent mieux, surtout en début de tétée puis il fatigue et la succion se dégrade à nouveau. La mère vivant en province, je lui propose de m’envoyer une vidéo d’une tétée pour que je regarde ce qui se passe.
Sur la vidéo, il est évident qu’Amédée tète mieux, même si ce n’est toujours pas une bonne succion. J’insiste auprès de la mère pour qu’elle montre Amédée à un ostéopathe.

Rendez-vous est pris pour 10 jours plus tard. L’ostéopathe confirme de grosses tensions au niveau des cervicales et une mauvaise succion. Elle demande à la mère de compléter au DAL au doigt pour réapprendre à Amédée à se servir de sa langue.

Les résultats du prélèvement en laboratoire montrent une infection au staphylocoque doré. Les crevassent vont beaucoup mieux mais la brûlure est toujours présente.
Je suggère donc à la mère de retourner voir son médecin pour envisager un antibiotique par voie orale en plus du Mupiderm.

La mère est de passage sur Paris lorsqu’Amédée a 9 semaines, je la revois à cette occasion.
Le médecin a prescrit de la cloxacilline  et les seins vont mieux. Les crevasses ont cicatrisé sur le sein droit mais pas sur le sein gauche et ça brûle toujours un peu.
Du côté d’Amédée, la succion est bien meilleure mais il mord et l’on sent une tension dans la mâchoire.
Je propose à la mère de recontacter le médecin pour prolonger le traitement à la cloxacilline et l’ostéopathe pour la mâchoire.

Un mois plus tard, les crevasses ont totalement disparu ainsi que le staphylocoque doré et la mère n’a plus mal…sauf lorsqu’elle déclenche un vasospasme. Elle souffre en effet du syndrome de Reynaud et avec l’arrivée de l’hiver, il a tendance à se manifester également au niveau des mamelons. Comme Amédée n’a pas revu l’ostéopathe et qu’il a tendance à mordre, cela déclenche également le vasospasme.
Lorsque Amédée a 16 semaines, l’allaitement se passe enfin très bien.

Lisa


A woman breast feeding her child. Stipple engraving, 1810, after William Marshall Craig, 1806. English.

Etude du cas clinique

Cette mère accouche une semaine avant terme d’une petite fille de 3500 g, Lisa, son troisième enfant.
L’allaitement est très douloureux dès la maternité et pendant toute la durée des tétées. Des crevasses se forment dès le premier jour.
Lorsque Lisa a 3 semaines, la mère ne peut plus supporter la douleur, elle met des bouts de sein en silicone et prend rendez-vous avec moi. Je la vois le lendemain.

Mon intervention
La mère m’explique qu’elle met des coquillages pour la cicatrisation des crevasses.
J’observe les seins de la mère qui présentent des crevasses des deux côtés avec des mamelons très rouges.
J’observe la bouche de Lisa et je perçois un décentrage de l’articulation temporo mandibulaire. Par ailleurs, la langue bouge très peu car un frein de langue postérieur court et inélastique la gêne.
Après la tétée, le mamelon ressort biseauté.Je propose à la mère un rendez-vous avec l’ORL du Centre allaitement pour faire sectionner le frein de langue et avec l’ostéopathe pour la mâchoire.
Par ailleurs, nous testons des pansements au lait maternel et je recommande à la mère de les enlever immédiatement si jamais elle ressent des brûlures.Le frein de langue est sectionné deux jours plus tard et l’ostéopathe confirme le problème de mâchoire. A cette occasion je regarde à nouveau une tétée et je m’aperçois que les aréoles présentent de nombreux boutons rouges qui font nettement penser à une infection. J’adresse donc la mère à son médecin qui lui prescrit du Mupiderm.

La mère me recontacte une semaine plus tard : la succion de Lisa n’est toujours pas bonne mais l’infection semble terminée.
Je propose à la mère de repasser me voir pour que je regarde à nouveau la succion de Lisa mais la famille est en vacances en province pour 15 jours. Je lui propose donc de passer à son retour.

Je les revois lorsque Lisa a 7 semaines. Les douleurs avaient disparu mais sont de retour accompagnées de crevasses. Je regarde les seins et on voit à nouveau les boutons de l’infection. Mais je vois également les mêmes boutons sur le pourtour de la bouche de Lisa. Je propose donc à la mère d’adapter le traitement avec son médecin et d’arrêter les coquillages.

Le médecin prescrit la pommade tous usages du Dr Newman pour les seins mais rien pour le bébé.
Au bout de 10 jours, l’infection va mieux mais les crevasses sont toujours là. Je propose à la mère de suspendre les mises au sein pendant 48h en tirant le lait pour accélérer la cicatrisation. Mais cela ne fonctionne pas et les boutons reviennent autour de la bouche du bébé et sur les seins.

Il me semble qu’il faut traiter la mère et le bébé et je recommande à la mère d’insister auprès de son médecin qui finit par mettre la mère et l’enfant sous antibiotiques et l’infection cède au bout de 10 jours pour ne plus revenir.

Bibliographie
  • Marsha Walker, Breastfeeding management for the clinician, Jones ans Bartlett learning, 2017, page 584.
  • Mannel, Martens, Walker, Core curriculum for lactation consultant practice, Jones ans Bartlett learning, 2013, page 763.

Dernière mise à  jour : 26 juin 2019