Rétention placentaire et allaitement


Aimée

rétention placentaire et allaitement
Mother and Child, Harold Gilman

Etude du cas clinique

Cette mère accouche deux semaines avant terme d’une petite fille de 3300 g, Aimée.
L’allaitement démarre correctement à la maternité et Aimée rentre à la maison en ayant repris du poids. Comme elle a du mal à attraper le sein, le personnel de la maternité a conseillé à la mère d’utiliser des bouts de sein en silicone.

Mais lors de la pesée chez le pédiatre à 2 semaines, Aimée n’a pas pris un gramme. Elle pleure de plus en plus et un ictère persiste.
Le pédiatre demande à la mère de donner des biberons de préparation pour nourrisson, ce qu’elle fait.
La mère donne d’abord les deux seins à son bébé puis 60 ml de préparation pour nourrisson au biberon.
Aimée est plus apaisée et demande à manger toutes les 3 heures.

La mère décide alors de louer un bon tire-lait électrique de type hospitalier pour stimuler sa lactation et remplacer la préparation pour nourrisson par du lait maternel. Elle tire le lait toutes les 5 h mais ne récolte que quelques gouttes.
Comme son bébé a du mal à prendre le sein droit et à tourner la tête de ce côté, la mère emmène son bébé voir un ostéopathe qui améliore la situation.
La mère n’arrive pas encore à se passer des bouts de sein en silicone mais Aimée réussit à prendre les deux seins. La prise reste douloureuse pour la mère.

Mon intervention

La mère fait appel à moi lorsque sa fille a 3 semaines car elle ne comprend pas pourquoi son allaitement ne fonctionne pas.
J’observe la bouche d’Aimée : elle crispe fort la mâchoire et la mandibule est légèrement décalée sur la gauche.
Lorsqu’elle prend le sein, elle pince donc le mamelon, ce qui est douloureux pour la mère.
Nous améliorons la prise du sein, ce qui diminue les douleurs.

J’observe une tétée complète et Aimée ne déglutit quasiment pas, elle pleure après la tétée.
Les seins de la mère ne présentent pas de particularité.
Devant un tel manque évident de lait, j’interroge la mère sur ses antécédents médicaux. Elle m’informe qu’elle a souffert d’hypothyroïdie mais que c’est résolu, et qu’elle présente des kystes aux ovaires sans aucun autre symptôme habituellement lié au syndrome des ovaires polykystiques.
Je lui demande alors si elle a toujours des lochies. Elle me répond qu’elle continue à saigner de manière abondante. Je pense alors à une éventuelle rétention placentaire.

Je propose à la mère le plan d’action suivant :
– aller voir son médecin pour envisager une échographie à la recherche d’une rétention placentaire.
– améliorer la prise du sein.
– revoir l’ostéopathe pour la crispation de la mâchoire.
– changer les téterelles du tire-lait pour des téterelles à sa taille.
– continuer les tétées et le tire-lait.

La mère me rappelle deux jours plus tard : la rétention placentaire a été confirmée par échographie. Cela explique la production de lait très nettement insuffisante. La maternité a donner à la mère un traitement médicamenteux pour évacuer le morceau de placenta avec contrôle échographique une semaine plus tard.
Après la prise de Cytotec, la lactation remonte un peu et la mère réussi à tirer entre 100 et 150 ml de lait par 24h en 7 tirages.

La semaine suivante, l’échographie indique qu’il reste toujours un morceau de placenta, même s’il a diminué. La maternité veut attendre un mois avant d’envisager une hysteroscopie. Cette prise en charge ignore délibérément l’allaitement et le compromet gravement.
La lactation n’augmente pas au cours du mois suivant.

L’hysteroscopie est faite lorsqu’Aimée a 10 semaines et se passe bien. Mais à la suite de l’opération, la lactation n’augmente pas. On a attendu trop longtemps.
Lorsqu’Aimée a 11 semaines, elle commence à refuser le sein en se pleurant très fort. Elle ne veut plus que le biberon. La mère continue à tirer son lait pour le donner au biberon. Elle obtient 300 ml par 24h.

Pour cette mère, la prise en charge de la rétention placentaire a été non seulement trop tardive mais surtout dans l’ignorance totale de ses conséquences sur l’allaitement.

Théodore

rétention placentaire et allaitement
Ademaro Bardelli

Etude du cas clinique

Cette mère accouche un mois avant terme d’un petit garçon de 2000 g, Théodore.
Le protocole de l’hôpital a imposé à la mère de donner des biberons de préparation pour nourrisson à son bébé.
A son retour à la maison, elle a continué les biberons après chaque tétée puis les a progressivement diminué pour n’en garder que 2 par 24h.
Le premier mois, la prise de poids a été faible et elle a décollé à partir d’un mois avec un bébé prenant 2 kg en un mois.

Mon intervention

La mère fait appel à mois lorsque son bébé a 9 semaines car il s’énerve beaucoup au sein. Elle pense que c’est à cause de son réflexe d’éjection fort.
Elle m’explique également qu’elle a eu une rétention placentaire diagnostiquée à 2 semaines. Aucun traitement n’a été mis en place. Une échographie à un mois a montré que la rétention était toujours là mais avait beaucoup diminué. Le gynécologue a décidé de ne rien faire et d’attendre l’évolution naturelle. A deux mois l’échographie a montré que la rétention avait encore diminué mais qu’il restait encore un morceau. Le gynécologue continue a attendre l’élimination naturelle.

J’observe Théodore dont la bouche ne présente aucune particularité.
J’observe une tétée : Théodore déglutit effectivement très rapidement mais cela ne semble absolument pas le gêner. Au bout de 10 minutes de tétée, il commence à se tortiller au sein, puis il finit par lâcher le sein en pleurant. Il est inconsolable.
La mère finit par le remettre au sein, ce qui le calme 2 minutes avant qu’il ne se remette à pleurer. Il semble souffrir.

Je demande à la mère s’il pleure beaucoup entre les tétées. Elle me répond que non, il ne pleure que lorsqu’il veut téter. Je lui demande quel est le rythme de tétée de son bébé et elle m’explique qu’il demande à téter toutes les heures en hurlant.
Au vu de la courbe de poids de Théodore et de ce que je le vois déglutir au sein, j’en conclus qu’il n’a pas faim à chaque fois qu’il pleure mais plus certainement mal.
J’explique à la mère que ce que fait Théodore ressemble beaucoup à ce que font les bébés souffrant de reflux gastro-œsophagien et je lui suggère d’en parler au médecin de Théodore.
Je lui explique également que son reflexe d’éjection ne pose aucun problème à Théodore, qu’il le gère parfaitement mais pleure lorsqu’il a mal au cours de la tétée.

Chez cette mère, la rétention placentaire a eu un effet important sur la lactation au cours du premier mois, jusqu’à ce qu’elle l’évacue en partie. Puis, le morceau de placenta subsistant n’a plus eu d’effet sur la lactation, à moins qu’une fois parti, on ne voit la lactation encore augmenter et conduire à une hyperlactation chez la mère.

Bibliographie

  • Lawrence, Breastfeeding, Elsevier, 2016, page 566.
  • Mannel, Martens, Walker, Core curriculum for lactation consultant practice, ILCA, third edition, p.721-825.
  • West, Marasco, Plus de lait, ed L’instant Présent, 2009, p.143.
  • Les dossiers de l’allaitement, LLL France, n°91, juin 2012.
  • Les dossiers de l’allaitement, LLL France, n°73, dec 2007.
  • Les dossiers de l’allaitement, LLL France, n°50, mars 2002.
  • Les dossiers de l’allaitement, LLL France, n°46, mars 2001.