Les effets de la gravité sur la tétée


Armand


Vincenzo Irolli, ‘The Kiss’

Etude du cas clinique

Je vois cette mère pendant la grossesse car elle souhaite allaiter mais personne n’allaite dans sa famille et elle avoue ne rien y connaître. Nous voyons ensemble comment démarrer au mieux l’allaitement et je lui propose de garder son bébé un maximum sur elle après la naissance et de s’incliner vers l’arrière en installant son bébé à plat ventre sur elle pour lui permettre de prendre le sein au mieux.
Elle accouche une semaine avant terme d’un petit garçon de 3900 g, Armand. Celui-ci a du mal à prendre le sein après la naissance et dans les jours qui suivent.
La mère m’appelle et je lui suggère d’exprimer son colostrum à la main et de le donner à Armand très régulièrement, de manière à ce qu’il mange régulièrement et ne s’épuise pas.
Malgré cette précaution, Armand déclenche un ictère important et doit faire de la photothérapie. Il n’arrive toujours pas à bien prendre le sein, il fait très mal à sa mère.
Nous convenons d’un rendez-vous à J4 à la maternité.

Mon intervention

La mère réussit à donner le sein gauche à Armand en position de madone inversée mais pas le sein droit. Armand a du mal à ouvrir la bouche et il a été vu par un ostéopathe la veille à la maternité.
J’observe la bouche d’Armand qui présente un frein de langue court de type 2. Il n’ouvre toujours pas grand la bouche. Il est par ailleurs très tendu.
J’observe une tétée. La prise de sein est très difficile pour Armand car le frein de langue ne lui permet pas d’avancer la langue. La mère réussit à lui faire prendre le sein en écrasant son sein pour lui mettre en bouche.
Nous convenons d’un rendez-vous avec l’ORL et l’ostéopathe au Centre allaitement.
Le frein de langue est sectionné le lendemain et je propose à la mère de retenter de s’incliner vers l’arrière pour installer son bébé au sein. La prise du sein est toujours compliquée mais la gravité permet à Armand de mieux avancer sa langue.
4 jours plus tard, Armand voit l’ostéopathe qui constate de multiples tensions et travaille à les apaiser. A la suite de cette séance, la prise du sein est beaucoup moins douloureuse et la mère s’est habituée à s’incliner vers l’arrière pour proposer le sein à Armand qui est nettement plus efficace au sein. Grâce à la gravité, dès qu’il se détend, il ouvre beaucoup mieux la bouche.
Il a besoin d’une séance supplémentaire une semaine plus tard avec l’ostéopathe pour aller réellement mieux.
A 3 semaines, l’allaitement se passe parfaitement bien, sans aucune douleur, toujours avec un bébé posé sur sa mère inclinée vers l’arrière.

Amélia


Non titré Alexandre Gonord, 1906 Collection privée

Etude du cas clinique

Cette mère accouche une semaine avant terme d’une petite fille de 3500 g, Amélia.
L’allaitement démarre plutôt bien car Amélia prend bien du poids mais sa mère ressent des douleurs aux mamelons dès la première tétée.
De retour à la maison, sa sage-femme lui propose de faire des pansements au lait maternel qui améliorent un peu la situation au sein gauche mais le sein droit est toujours douloureux.

Mon intervention

Elle fait appel à moi lorsque son bébé est âgé de 3 semaines.
J’observe Amélia qui se positionne en virgule. Tout son côté droit est plus serré et cela se vérifie au niveau de ses mâchoires. De plus, elle présente un frein de langue de type 2 qui me paraît serré.
J’observe une tétée : sa mère positionne Amélia en madone et l’on voit ce bébé très bien déglutir car sa mère a beaucoup de lait. Par contre, il est évident que la tétée est très douloureuse pour la mère. Par ailleurs, Amélia s’étouffe régulièrement avec le flot de lait.
Je propose à la mère de s’incliner vers l’arrière et de poser Amélia à plat ventre sur elle.
Premier effet immédiat : les déglutitions sont beaucoup plus cohérentes et Amélia ne s’étouffe plus. Elle utilise ses mains pour s’équilibrer et sa position en virgule est moins marquée.
Et surtout, elle place sa langue beaucoup plus en avant et sa langue passe désormais par-dessus sa gencive. Elle serre toujours la mâchoire mais la mère trouve la douleur beaucoup plus supportable.
Je propose à la mère de prendre rendez-vous avec un ostéopathe pour aider Amélia à défaire ses tensions.
Nous verrons après s’il est nécessaire ou non d’envisager la section du frein de langue.
La mère revient voir l’ostéopathe deux jours plus tard. Je la revois 3 jours après ce rendez-vous et Amélia est visiblement plus détendue. La tétée en BN se passe très visiblement beaucoup mieux. La mère ne ressent plus de douleurs, les pansements au lait maternel ont permis la cicatrisation des mamelons. Le mamelon reste encore un peu déformé en fin de tétée mais nous décidons de poursuivre l’allaitement ainsi et de voir l’évolution après le prochain rendez-vous d’ostéopathie.
Dix jours plus tard, après une deuxième séance d’ostéopathie, les tétées sont entièrement confortables. J’observe la bouche d’Amélia : le frein de langue est toujours là mais me paraît beaucoup plus élastique et ne gêne plus la succion.
Dans le cas de ce bébé, la position en BN a permis à la gravité d’aider au placement de la langue, d’aider le bébé a s’équilibrer seul au sein et à gérer seul le flot de langue.

Bibliographie

  • Suzanne Colson, Introduction au Biological Nurturing, CREAM, 2014.
  • Suzanne Colson, Le Biological Nurturing, L’allaitement Zen, DVD.
  • Suzanne Colson, Biological Nurturing, Laid-Back Breastfeeding for Mothers, DVD, 2011.

Dernière mise à jour : 31 octobre 2018 par Véronique Darmangeat