Hypoplasie mammaire


Cas clinique n°1

Cette mère a accouché un mois avant terme, d’un petit garçon pesant 2,630 kg.
Les tétées ont été douloureuses dès le démarrage de l’allaitement et le bébé a perdu 13% de son poids de naissance durant les premiers jours. Des compléments de 50 ml ont donc été introduits.

La mère fait appel à moi à trois semaines car son bébé prend toujours des compléments après chaque tétée et la mise au sein est toujours très douloureuse. Il pèse alors 2,790 kg.
J’observe le bébé, il ne présente pas de particularité anatomique au niveau de la bouche, il ouvre très bien la bouche et sa succion est parfaite. Par contre la mise au sein se passe mal car le bébé est mal positionné et, de ce fait, il referme la bouche très rapidement, ce qui occasionne les douleurs de la mère.

Je revois la mise au sein avec la mère en lui expliquant comment présenter le mamelon de manière asymétrique au bébé. La mère est très vite à l’aise et les douleurs disparaissent immédiatement.

La mère m’explique qu’elle tire son lait avec un tire-lait de marque Kitet Matic depuis la maternité et qu’elle obtient 10 à 15 ml 8 fois par 24 heures. Le bébé prend 60 ml de complément 6 fois par 24h, après chaque tétée.
À l’observation, je m’aperçois que les seins de la mère sont très écartés, je peux facilement poser une main à plat entre ses seins, et ils se présentent sous une forme tubulaire. Je soupçonne l’existence d’une hypoplasie mammaire.

Je propose à la mère de mettre en place un plan d’augmentation de la lactation incluant un changement de tire-lait (je lui propose un tire-lait beaucoup plus efficace), la prise de Motilium (8 comprimés par 24h) et de fénugrec (4 g par jour) en accord avec son médecin, et l’amélioration de la mise au sein.
Ce plan convient à la mère qui veut mettre toutes les chances de son côté. Il est convenu qu’elle continue à proposer les compléments à son bébé pour qu’il prenne du poids correctement.

Douze jours plus tard, la mère n’a plus aucune douleur lors des tétées, donc le bébé tète correctement au sein. La production de lait a légèrement augmenté, elle tire désormais de 15 à 20 ml après chaque tétée, mais le bébé a toujours besoin d’autant de compléments.

La mère décide alors d’arrêter de tirer son lait et de poursuivre le Motilium et le fénugrec. Ainsi elle souhaite poursuivre les mises au sein pour que son bébé ait le maximum de son lait avec une logistique minimum. En effet, c’est déjà beaucoup de travail de proposer le sein puis le biberon.

Dans le cas de cette mère, l’hypoplasie mammaire ne lui a pas permis d’avoir une lactation complète mais le bébé continue à prendre plus de lait maternel que de préparation pour nourrisson. La mère est satisfaite.


Cas clinique n°2

Cette mère a accouché à terme d’un petit garçon de 3,440 kg.
Les deux premiers jours, le bébé a beaucoup dormi et très peu tété. Il n’arrivait pas à prendre le sein et la mère avait besoin d’aide pour chaque mise au sein.
Le bébé a perdu 13 % de son poids de naissance. La mère a alors commencé à tirer son lait pour stimuler sa lactation et des compléments ont été donnés au bébé. La mère ne tirait que quelques gouttes de lait.
La mère est rentrée chez elle une semaine après la naissance, elle proposait d’abord le sein que le bébé tétait très mal et uniquement avec des bouts de sein en silicone, puis donnait des compléments au DAL au doigt.

La mère a décidé d’emmener son bébé voir un ostéopathe qui a décelé une mâchoire coincée et une gencive très épaisse qui gênaient la mise au sein. Les manipulations ont été efficaces puisque la semaine suivante le bébé prenait beaucoup plus facilement le sein même si des douleurs persistaient chez la mère.

La mère a alors décidé d’arrêter les compléments. Mais une semaine plus tard, le bébé n’avait pas pris de poids.
La mère a alors redonné des compléments mais cette fois-ci au DAL au sein. Le bébé prend 90 ml, 5 fois par 24 heures. Elle a repris l’usage du tire-lait et tirait 30 ml 4 fois par 24 heures.

La mère fait appel à moi lorsque le bébé a un mois et demi car elle se rend compte qu’elle n’a toujours pas assez de lait et qu’elle n’arrive pas à se passer des bouts de sein en silicone.

À l’observation, le bébé n’ouvre pas très grand la bouche et présente un palais d’une forme particulière dans laquelle il coince le mamelon lorsqu’il tète. Nous revoyons ensemble la mise au sein pour que le bébé fasse le moins mal possible. Les douleurs s’améliorent mais ce n’est pas encore parfait. La mère réussit à se passer des bouts de sein en silicone.
Au sein, le bébé déglutit régulièrement pendant quelques minutes puis s’endort. Lorsque la mère met en place le DAL, le bébé ne tète plus correctement, il se débrouille pour boire le lait à la paille. L’usage du DAL n’a alors aucun intérêt puisque le bébé ne stimule pas les seins correctement.

J’observe également les seins de la mère qui ont une forme particulière : ils ont un galbe habituel sur le haut du sein mais le dessous semble creux. À la palpation, je ne sens quasiment pas de glande mammaire sous les seins alors que la glande mammaire paraît normale sur le dessus du sein.

Je propose à la mère de mettre en place un plan d’augmentation de la lactation incluant la prise de Motilium (8 comprimés par 24 h) et de fénugrec (4 g par jour) en accord avec son médecin, et l’amélioration de la mise au sein, en utilisant la compression mammaire et en proposant les deux seins au bébé à chaque tétée. Je propose à la mère de revoir son ostéopathe pour voir s’il peut encore améliorer l’ouverture de la bouche du bébé.
La mère souhaite passer au biberon pour donner les compléments car l’utilisation du DAL lui prend trop de temps. J’approuve son choix, d’autant plus que le bébé ne tète pas bien au DAL.

Deux semaines plus tard, la lactation n’a pas augmenté, par contre la visite chez l’ostéopathe a été efficace et le bébé ouvre mieux la bouche. Si l’on ajoute l’amélioration de la mise au sein, la mère n’a plus mal lors des mises au sein. Elle décide alors d’arrêter le tire-lait pour ne garder que les mises au sein.

Dans son cas, l’hypoplasie mammaire ne lui a pas permis d’avoir une lactation complète mais le bébé continue à prendre la moitié de sa ration de lait en lait maternel. La mère est déçue mais elle est contente de comprendre pourquoi l’allaitement a été si difficile.

Bibliographie

  • Les dossiers de l’Allaitement n°34, LLLF, page 7, janvier 1998.
  • Les dossiers de l’Allaitement n°45, LLLF, page 5, octobre/novembre/décembre 2000.
  • Les dossiers de l’Allaitement n°51, LLLF, page 8, avril 2002.
  • Les dossiers de l’Allaitement n°70, LLLF, page 6, janvier 2007.
  • Making More Milk, Diana West et Lisa Marasco, Mc Graw Hill, 2009, Pages 109 à 111.
  • Breastfeeding management for the clinician, Using the evidence, Marsha Walker, Jones and Bartlett Publishers, 2006, pages 53, 61, 62.
  • The Breastfeeding Atlas, Barbara Wilson Clay et Kay Hoover, LactNews Press, 2002, pages 67 et 72.

Dernière mise à jour : 20 avril 2017 par